De par l’efficacité de sa mécanique dérivative et combinatoire, le hangul est un défi posé à tous les systèmes d’écriture.
Né d’un effort d’ingénierie, et conçu en quelques années (1440−1446), il est basé sur la forme prise par les organes de phonation, et prend en compte les contraintes des techniques d’impressions — xylographique et typographique — liées à la gravure et à la composition.
Un développement radicalement différent de celui de l’écrit latin, issu quant à lui d’une migration sur plusieurs millénaires, et ayant connu, avant l’avènement de la typographie en Europe, une grande variété de forme.
Deux objectifs émergent de ces constats et intéressent particulièrement le projet : élaborer un terrain commun et favoriser un dialogue formel entre deux écritures en tout point très éloignées ; penser le latin, et plus largement l’écriture, en regard des spécificités du hangul. Le dessin d’un caractère contenant les deux systèmes d’écriture a été un premier lieu d’étude. Tendant vers une couleur commune, l’homogénéisation des modules d’inscription, de la trace et du rythme ont été obtenus par une analyse comparée des blancs, des logiques scripturales, et des suggestions stylistiques de la gravure pour laquelle le hangul est originellement formaté.
Restait encore à tenter de tirer enseignements du hangul quant à sa capacité à s’expliquer lui-même, à produire une logique de construction par report de forme et par là à impliquer le lecteur et le scripteur. Cette réflexion a donné lieu à quatre systèmes visuels expérimentaux chacun manifestant la relation de ses formes au support/espace, et à ses principes de construction, réalisant par là en partie l’opération plastique du hangul : ordonner par l’activation de formes nouvelles, plutôt que par l’héritage de formes anciennes.